Affiche du film

 

Le mardi 6 janvier

à 20h30

Espace Noriac


La fille à la valise

La ragazza con la valigia 

Drame sentimental de Valerio Zurlini (1961, 1h41). 
Scénario : Leonardo Benvenuti, Piero De Bernardi, Enrico Medioli, Giuseppe Patroni Griffi, Valerio Zurlini 
Avec  Claudia Cardinale (Aida Zapponi), Jacques Perrin (Lorenzo Fainardi), Romolo Valli (Don Pietro Introna), Corrado Pani (Marcello Fainardi), Luciana Angelillo (la tante Marta), Riccardo Garrone (Romolo le romain), Renato Baldini (l'ingénieur Francia), Gian Maria Volonté (Piero Benotti), Elsa Albani (Lucia), Enzo Garinei (Nino), Ciccio Barbi (le docteur Crosia), Nadia Bianchi (Nuccia), Edda Soligo (le professeur Fiorena), Carlo Hintermann, Angela Portaluri

« Una bella ragazza » abandonnée par un séducteur riche, tel fut son premier grand personnage. Dans La fille à la valise de Valerio Zurlini, La ragazza con la vagilia dans la langue de Dante, la beauté sauvage, le naturel indomptable de Claudia Cardinale explosa à la figure des cinéphiles qui ne s’y trompèrent pas puisque les Italiens lui décernèrent leur plus haute distinction, le David di Donatello. Son jeu sans artifice et celui de Jacques Perrin, dans un autre registre, devaient séduire le public par la magie de la caméra. Ils interpréteraient parfaitement un amour impossible.                                                                       Bertrand Guyart  Le Figaro

 

photo du réalisateur

Valerio Zurlini naît à Bologne le 19 mars 1926. Après avoir obtenu un diplôme de droit, il s’oriente vers le cinéma. De 1948 à 1953, il tourne une quinzaine de courts métrages documentaires. Son premier long métrage, Les filles de San Frediano est adapté du roman de Vasco Pratolini. En 1960, il met en scène La fille à la valise, avec Claudia Cardinale et Jacques Perrin. Le film est un succès critique et public. Avec Journal intime, il obtient le Lion d’Or à Venise. Puis l'acteur producteur Jacques Perrin, qu'il avait aussi dirigé dans Journal intime, lui confie la tâche de porter à l'écran, Le désert des Tartares  roman mystique de Dino Buzzati auquel ont tenté de s'attaquer nombre de cinéastes. Zurlini retrouve ainsi le succès critique et public, sans pour autant réussir à monter des projets qui lui tiennent à cœur, comme Lo scialo de Vasco Pratolini qu'il estimait être le chef-d'œuvre des romans italiens du XX siècle. Son dernier travail pour le cinéma sera la direction du doublage de la version italienne d'Alain Resnais. Valerio Zurlini meurt le 28 octobre 1982 à Vérone.  

Quelques (bonnes) critiques

" Campé dans ces décors qu’affectionne Zurlini (places désertes, plages, espaces dépouillés à la Giorgio Morandi, tel le grand escalier de la demeure de Lorenzo), La Fille à la valise suggère avec une infinie délicatesse la solitude des êtres séparés par des barrières de classe (avec l’hypocrite complicité du clergé), l’impossibilité d’un lien à long terme entre un membre de l’élite sociale (fût-il bienfaiteur) et une fille du peuple, l’irrémédiable déséquilibre entre manieurs de bluff et arrivistes midinettes. Et, thème majeur de cet admirateur de l’écrivain Dino Buzzati, la fatale impossibilité du couple. [...] Ce beau film s’avère toujours d’une grande modernité."                   Jean-Luc Douin (Le Monde)

" Avec le thème, évoqué dans son film précédent (Été violent), d'un tout jeune homme qui tombe amoureux d'une fille plus âgée, Zurlini réalise une œuvre aussi raffinée qu'incisive sur la cruauté des rapports de classes et les désillusions de la jeunesse, à laquelle le duo Perrin-Cardinale insuffle la beauté et la grâce. Au rythme d'une bande son de pop italienne, les images baignées de soleil habillent le mélodrame d'une douce amertume, qui fait de cette histoire d'éducation sentimentale un véritable joyau du cinéma italien.
On sait aujourd'hui que Valerio Zurlini est l'un des plus grands cinéastes italiens de l'après-guerre. Il appartient à la génération qui succède au néo-réalisme et connaîtra une carrière à la fois brillante et fragile, avec de graves insuccès tels que Le Professeur, avec Alain Delon, aujourd'hui adulé à très juste titre. La Fille à la valise est son film le plus connu et le premier rôle principal de Claudia Cardinale, qui vient de tourner Rocco et ses frères avec Visconti. Elle est ici au-delà de tout éloge. Mélodrame ensoleillé et estival, comme si l'humiliation et les larmes étaient encore plus amères en plein soleil, grand art de la rétention et de la mesure, et premier sommet d'un cinéaste pudique et secret."
  Frédéric Bonnaud (La cinémathèque française)

" C’était au temps où le cinéma italien nous envoyait quelques bombes à travers la figure. La dolce vita de Fellini, L’avventura d’Antonioni, Rocco et ses frères de Visconti : tout ça sortait la même année, 1960. La concurrence était rude. Pas étonnant dans ces conditions que, quarante-cinq ans plus tard, notre mémoire fasse l’impasse sur d’autres films transalpins. Films un ton en dessous peut-être, mais films de grande qualité quand même. D’où le coup de chapeau à l’heureuse idée de ressortir cette Fille à la valise, second opus d’un cinéaste tôt disparu, sans avoir eu le temps de réellement construire une œuvre.
Le premier mérite de La fille à la valise, c’est sa distribution avec son couple star aujourd’hui, mais totalement inconnu alors. La Cardinale, libre, spontanée et pétante de santé, dans les bras d’un jeune bourgeois imberbe et fasciné incarné par Jacques Perrin, avouez que ça a de la gueule. Les deux d’ailleurs y ont gagné leurs galons de vedettes. Le second mérite de ce film, c’est qu’il nous plonge dans un monde disparu, une Italie des sixties où les filles portent jupes et jupons à la BB et où Mina chante Tintarella di luna, scie de l’été 60 sur les plages de l’Adriatique où se retrouvent les deux amants dont l’aventure amoureuse ne fera pas long feu, ça crève les yeux. Et même si Lorenzo veut y croire, sa famille liguée le fera, au bout du compte, retourner au bercail.
Loin de toute douceur, cette éducation sentimentale n’est qu’une somme d’amertume et de désespoir. L’histoire vouée à l’échec se termine par un geste que Lorenzo veut amical mais qui est d’un cynisme achevé : il quitte Aida en lui donnant de l’argent. Bourgeois il est, bourgeois il restera, indécrottable. Les barrières entre les classes sociales sont infranchissables. Alors où est la victime ? Qui est le plus à plaindre ? Quelques années plus tard, les jeunes bourgeois italiens se mettront à poser des bombes. En amont de la tragédie des années de plomb, ce film - finalement plus politique que sentimental - nous met avec une singulière force en face de la société du miracle économique, figée entre fric, religion, conformisme et hypocrisie, qui produira la terrible révolte à venir. Une explosion qui paraît rétrospectivement inéluctable. "        Marianne Spozio  (A voir A lire)

" Valerio Zurlini fut l’un des plus grands cinéastes italiens de l’après-guerre, et sans aucun doute le plus secret. Né à Bologne, il entreprend dans un premier temps des études de droit et d’histoire de l’art. Sa passion pour la peinture l’accompagnera toute sa vie. Elle nourrira son œuvre et il poursuivra parallèlement à son travail de cinéaste une remarquable activité de critique d’art et de collectionneur. Après l’échec de plusieurs projets (une malédiction qui se perpétuera tout au long de sa vie professionnelle), son premier long métrage est Les Jeunes Filles de San Frediano, suivi d’Eté violent. Son troisième film est aussi le plus connu : La Fille à la valise (La ragazza con la valigia, 1961), un mélodrame contemporain de la Nouvelle Vague française. Aïda (sublime Claudia Cardinale), une fille-mère qui chante pour gagner sa vie, est lâchement abandonnée par son amant, un fils de bonne famille. Elle rencontre le frère de ce dernier, un jeune homme sensible qui lui offre tendresse et amour. Mais les parents du garçon contraignent Aïda à rompre. Zurlini réalise un drame déchirant et pudique, qui préfère la rétention à l’outrance lacrymale et l’intimisme psychologique aux clichés. La Fille à la valise n’atteint pas malgré son pessimisme le désespoir des titres suivants de Zurlini et le nihilisme radical de son chef-d’œuvre maudit Le Professeur avec Alain Delon. Il est certain que la jeunesse et la beauté de ses acteurs, son atmosphère ensoleillée atténuent la tristesse du film. Zurlini nous raconte une histoire d’amour impossible, thème récurrent dans la filmographie du cinéaste. Le cinéaste y rencontre son acteur-fétiche Jacques Perrin, à l’orée d’une belle carrière italienne. Il offre à Claudia Cardinale son premier rôle important et révèle son incroyable sensualité et sa combativité. Olivier Père  (Arte)

La fille à la valise, Claudia Cardinale en héroïne tragique.

" Le film de Valerio Zurlini, La ragazza con la valigia, réalisé en 1961, ressort au cinéma à partir du mercredi 09 juin 2021 dans une version restaurée 4K. Claudia Cardinale, qui joue ici le rôle principal, celui d’Aida, y trouve son premier grand rôle tandis que Zurlini collabore pour la première fois avec celui qui deviendra son acteur fétiche, le tout jeune Jacques Perrin. Sélectionné en compétition officielle à Cannes l’année de sa sortie, La fille à la valise assure à Zurlini une belle reconnaissance critique et publique, déjà amorcée avec Eté violent (Estate violenta, 1959) son précédent film, puis confirmée avec Journal intime (Cronaca familiare, 1962). Ces trois œuvres se rejoignent autour d’une certaine âpreté, une forme d’amertume face à l’existence que développera plus encore le réalisateur dans ses films suivants, notamment Le Professeur (La prima notte di quiete, 1972).
Les premières scènes laissent planer un doute enthousiasmant quand au registre et à la tonalité du film. Le spectateur, qui pourrait s’attendre à une romance entre une jeune femme du peuple et un adolescent de bonne famille à la vue du casting, sera bien surpris par la tournure dramatique voire tragique des situations que va rencontrer Aida. Abandonnée avec son énorme valise pour seul bien par un jeune homme frivole, Aida part à sa recherche. Prévenu de son arrivée à Parme, l’homme en question demande à son frère cadet, Lorenzo, 16 ans, de l’éloigner sans lui avouer leur lien de parenté. Mais Lorenzo, charmé par sa beauté, sa spontanéité et touché par sa triste histoire, se rapproche de plus en plus d’elle et entrevoit les conditions dans lesquelles elle vit.
Jacques Perrin, avec son visage angélique (filmé à plusieurs reprises en plan rapproché dans des moments silencieux, avec ses micro-changements d’expression, un voile qui passe soudain dans le regard) propose un jeu tout en candeur et retenue, qui traduit subtilement le gouffre qui le sépare d’Aida. Claudia Cardinale, filmée quant à elle dans l’énergie de la parole, sa beauté associée à plusieurs reprises à des statues, incarne cette femme indépendante qui lutte pour gagner sa vie, un peu naïve dans ses rencontres, malheureuse des attentes masculines. La solitude de l’étudiant ingénu et celle de la fille du peuple se rejoignent dans une Parme alanguie par l’été, très peu visible dans le film, la majorité des scènes se déroulant soit en intérieurs soit dans des espaces de passage, comme des rues, des espaces périphériques ou des quais de gare. Il est intéressant de noter à ce titre comment la scénographie, les cadrages, voire les costumes et accessoires traduisent la manière dont Aida est sans cesse repoussée hors des espaces dirigés par les hommes et le pouvoir.
Au fur et à mesure des scènes, l’étau se resserre autour du duo confronté aux mensonges, aux apparences, à la réalité triviale des conditions sociales et des mœurs, à la brutalité des échanges. La conclusion du film, cruelle et tout à la fois prévisible, achève de conférer à Aida sa dimension d’héroïne tragique et, en même temps, révèle une destinée tellement familière. "  Amélie Ravaut  (L'Italie à Paris)

Valerio Zurlini, l’enfant maudit du cinéma italien

" Zurlini révèle un caractère ombrageux et une intransigeance artistique qui en fait un “enfant maudit” du cinéma italien. Dans les années 60, le cinéma transalpin s’étourdit de sa phénoménale effervescence. Valerio Zurlini est un érudit de peinture de la Renaissance italienne. Il est aussi critique d’art et collectionneur et son activité de
cinéaste n’est qu’un à-côté. Ses films préfèrent la rétention des sentiments à l’outrance lacrymale d’une sentimentalité exacerbée et l’intimisme psychologique aux clichés sentimentaux mièvres qui émaillent les films de cette époque. La jeunesse et la beauté ingénue des acteurs viennent atténuer le pessimisme foncier de ses films, leur tristesse et leur mélancolie déchirantes. Taciturne et renfermé, Zurlini infuse dans ses films une large part autobiographique et La fille à la valise peut à bon droit être considéré comme son chef d’oeuvre avec Chronique familiale.
La confrontation de Aida, la belle plante sauvage et le jeune Lorenzo chaviré par la révélation de l’amour
fou, est sublimée par un noir et blanc somptueux qu’on doit à la direction de la photographie de Tino Santoni. En paysagiste de l’émotion pure, Valerio Zurlini se retranche sur les sentiments et l’état émotionnel de ses interprètes. Il porte un regard complice de portraitiste qui s’exprime avec les seules ombres et la lumière. Le cinéaste du Désert des tartares prend la pleine mesure du temps qui coagule sur le visage de ses protagonistes et qu’il entrevoit comme des paysages émotionnels à l’exemple de cette scène évocatrice où Lorenzo ronge son frein en faisant tapisserie lors d’une soirée privée où des couples se forment dans un mortel ennui. La caméra s’appesantit durant une minute en temps réel pour capter en gros plan les contractions éloquentes du visage du jeune amoureux contrit."   Alain-Michel Jourdat  (Il était une fois le cinéma)


Voir / Écouter

La bande annonce du film.

 

Ciné-club

logo PP t 300dpi Le film est en version originale sous-titrée. Il est présenté dans le cadre de Primissimo Piano, l'activité ciné-club de la Dante Alighieri.
Adhésion ciné-club INTER FILM valable pour la saison 2025-2026 : 1 € . Adhésion offerte aux membres de la Dante Alighieri.
Participation aux frais : 5 €, réduit 2€ (Étudiants, DE, <18 ans).

 Merci de participer et à bientôt au cinéma !

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