
Ils vont tous bien
Stanno tutti bene
Un film de Giuseppe Tornatore (1990, 1h58).
Avec Marcello Mastroianni, Salvatore Cascio,
Michèle Morgan, Leo Gullotta, Valerie Cavalli...
Matteo Scuro (Marcello Mastroianni) a 74 ans. Il est retraité et a travaillé toute sa vie à l’état civil de sa ville près de Trapani en Sicile. Il est veuf mais il s’adresse encore souvent à sa femme Angela. Il lui parle de leurs cinq enfants à qui il a donné des prénoms de personnages d’opéra car il est passionné de musique lyrique : Norma, Tosca, Guglielmo, Alvaro, Canio. Il est fier de leur réussite mais il regrette de ne pas les voir plus souvent car la vie les a dispersés à Naples, Rome, Florence, Milan, Turin, et ils donnent rarement signe de vie. Une nouvelle fois il les a invités pour se retrouver tous ensemble autour de la table comme lorsqu’ils étaient petits. Mais une nouvelle fois personne n’est venu ; ils sont bien trop occupés. Alors, un beau matin, Matteo décide de prendre le train pour leur rendre visite, à chacun, tour à tour, sans les prévenir car il veut leur réserver la surprise…

Giuseppe Tornatore (né à Bagheria, 1956) s’intéresse très tôt à la mise en scène. Il débute au cinéma avec Il Camorrista en 1986 (adaptation du livre de Giuseppe Marrazzo), qui obtient un bon accueil public et critique. Il obtient son plus grand succès en 1988, avec Nuovo Cinema Paradiso, dans lequel, aux côtés du petit Salvatore Cascio, les rôles principaux sont tenus pas les acteurs français Philippe Noiret et Jacques Perrin. Viendront ensuite Stanno tutti bene, qui offre à Marcello Mastroianni un de ses tout derniers rôles (et les films L’uomo delle stelle (1995), La leggenda del pianista sull’oceano (1998), Malena (2000), Baaria (2009), La migliore offerta (2013), qui auront des fortunes critiques diverses mais obtiendront tous des succès internationaux. La filmographie de Tornatore est marquée par une longue et fructueuse collaboration avec Ennio Morricone, à qui il rend un vibrant hommage en 2021 dans son film documentaire Ennio.. Que nous avons vu il y a peu.
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Quelques (bonnes) critiques
(Les liens entre parenthèses permettent de lire les critiques complètes)
“Ils vont tous bien est un film, qui comme tous ceux de Giuseppe Tornatore, prend son temps pour poser l’intrigue, puis nous séduit au fur et à mesure des minutes avant de nous entraîner dans un maelström d’émotions simples. Le réalisateur italien excelle dans ce registre qui fait passer du rire aux larmes en quelques instants.” Paul (leblogducinema.com)
"Après le triomphe de Cinéma Paradiso ce film n’a pas déçu, malgré sa tonalité sombre, son atmosphère mélancolique et désenchantée. Tornatore sait manier l’humour au sein de la mélancolie, et il a créé une grande émotion avec des scènes oniriques très belles. À travers le voyage de Matteo vers ses enfants dispersés (et qui ont raté leurs vies, contrairement à ce que croit le père, fier d’eux), à travers son inquiétude, sa solitude, se dessine un tableau de l’Italie d’aujourd’hui, où les rêves d’ambition, d’amour et de succès se cognent durement à la réalité. Les villes traversées sont bruyantes et fantomatiques, peuplées de gens indifférents. On a le cœur serré devant les gares vides, les oiseaux morts, tombés dans la fontaine romaine de Trevi. D’étape en étape, de retrouvaille en retrouvaille - avec la parenthèse d’un détour par Rimini et la surprise de Michèle Morgan en vieille dame apaisée, lucide, dansant la polka avec Mastroianni - Matteo découvre une vérité qu’il lui faudra bien affronter. Encore un rôle en or pour Mastroianni, dans une « comédie italienne » qui charrie un sang nouveau, tout en rendant hommage à Ettore Scola et Federico Fellini." Jacques Siclier, (Télérama)
" Giuseppe Tornatore est un grand sentimental : on l'avait bien vu avec Cinema Paradiso. Il nous avait fait rire et pleurer, rêver sur l'enfance et la nostalgie du cinéma populaire, sur l'amitié indéfectible. Il nous avait aussi fait aimer sa Sicile villageoise suspendue dans le temps.
C'est de Sicile également que part, dans son nouveau film Ils vont tous bien, Matteo Scuro, septuagénaire, ancien employé de mairie d'un district rural, en lequel on reconnaît à peine à cause des grosses lunettes, de la voix sourde, et de l'âge qu'il porte à l'écran, Marcello Mastroianni.
Cet homme-là, passionné d'opéra, a baptisé ses deux filles Norma et Tosca, ses trois fils Alvaro (la Force du destin), Canio (Paillasse) et Guglielmo (Guillaume Tell). Ces cinq enfants, adultes, sont aujourd'hui dispersés à travers l'Italie et Matteo voudrait les rassembler pour un repas, un vrai repas familial. Ils ne donnent pas souvent de leurs nouvelles, mais le vieil homme est fier de ce qu'ils sont devenus.
Il prend le train, parle à ses compagnons de voyage, et aux spectateurs par la même occasion. Il est bavard Matteo, un peu trop parfois, mais on sent, déjà, que ce film-là, ne va pas comme Cinema Paradiso nous entraîner sur les chemins de la nostalgie. A travers le voyage du père, de son inquiétude, de sa solitude, se dessine un portrait de l'Italie d'aujourd'hui, où les rêves d'ambition, d'amour, de succès, se cognent durement à la réalité.
Où est donc Alvaro ? Matteo n'entend que sa voix sur un répondeur, mécanique. Naples, Milan, Turin... les villes traversées déconcertent Matteo. Elles sont bruyantes et fantomatiques, parcourues par des gens indifférents. Les gares vides serrent le coeur. Il y a des oiseaux morts dans la fontaine de Trevi, à Rome. Et à cet homme qui voyait ses enfants comme des héros d'opéra sur la scène de la société italienne, la vie apparaît soudain grise, désenchantée. " Ils vont tous bien. " Pas si sûr. D'étape en étape, de retrouvailles gênées en retrouvailles cruelles, Matteo va découvrir une vérité mélancolique qu'il lui faudra bien affronter, accepter.
La tonalité générale du film est sombre, mais pas triste. Giuseppe Tornatore sait manier l'humour au sein de la mélancolie, et susciter l'émotion par des scènes oniriques, très belles. Depuis la présentation de Ils vont tous bien au Festival de Cannes, il a, avec profit, resserré certaines séquences, sans modifier la construction. Le rythme est plus rapide. Le récit " coule " mieux.
Rendant hommage à ses aînés prestigieux, Ettore Scola et Frederico Fellini, Tornatore redonne un sang nouveau à la comédie italienne. On aimera particulièrement l'épisode du détour de Matteo par Rimini, avec un groupe de gens du "troisième âge " en voyage organisé. Parce que Matteo y rencontre une dame charmante, lucide et apaisée, que joue avec une modestie très élégante Michèle Morgan. La dame lui donne un conseil qu'il ne suivra pas. Il danse la polka avec elle, figurant ainsi _ mais c'était peut-être un rêve _ un couple heureux, échappant à la solitude et qui pourrait se dire " oui, ils vont tous bien " . Jacues Siclier (Le Monde)
" Le titre, Stanno Tutti Bene, porte en lui-même un parfum de faux. En effet, Ils vont tous bien! est d’emblée placé sous le signe du mensonge, de l’illusion et du déni.
La première séquence du film nous plonge dans l’obscurité, comme dans un tunnel, où une voix se fait entendre, celle d’un homme qui apparemment s’adresse à sa femme, elle toujours hors champ, et très vite nous comprenons que ce vieil homme, Matteo Scuro, joué à la perfection (précision superflue) par Marcello Mastroianni, parle seul, s’adressant à son épouse absente. Cette première scène amène tout de suite le thème du leurre, du mensonge, de l’illusion, du déni, mais aussi celui de la mort.
On comprend vite que pour Matteo le sicilien, la vie est un théâtre dont il veut diriger la mise en scène, et tirer les ficelles, quitte à se mentir de bout en bout, mais à la seule condition que ce monde soit celui qu’il veut.
N’ayant pas de nouvelles de ses cinq enfants qui ont quitté leur Sicile natale pour vivre en Italie, Matteo va entamer un voyage qui le mènera de Naples à Rome, puis à Milan et Florence, à la recherche de ses enfants pour avoir de leurs nouvelles et leur proposer une réunion familiale, tous autour d’une table, comme jadis ils avaient l’habitude de le faire.
Mon propos n’est pas ici de raconter pas à pas le voyage que l’on pourrait sans doute qualifier d’initiatique, durant lequel le personnage principal va de ville en ville, portant inlassablement sa valise, rencontrant ou non ses enfants, mais plutôt d’essayer de décrypter l’évolution de Matteo, si tant est que cette odyssée le transforme réellement. Voyage initiatique, mais peut-être aussi dernier voyage, car Matteo est un vieil homme qui se fatigue, s’essouffle et surtout refuse obstinément de voir le réel, de voir la vie de ses enfants telle qu’elle est et non pas telle qu’il souhaiterait qu’elle soit. Ces derniers lui dissimulent des choses, lui mentent pour ne pas le faire souffrir davantage. Mais Matteo est amené à écouter aux portes, à regarder par des trous, comme dans l’oeil du rideau de théâtre et percer des secrets, qu’il interprétera à sa manière. Enchaînement d’un mesonge qui mène inéluctablement à un autre: parce qu’il vit dans un monde éloigné du réel, Matteo ment; ses enfants aussi pour d’autres raisons. Seule la dame du train parle avec sincèrité et franchise.
Le film est subtil dans sa narration circulaire, les pièces du puzzle familial se mettent peu à peu en place, avec des retours en arrière oniriques d’une grande élégance, colorés, joyeux du moins en apparence. Car on apprendra que Matteo, malgré son exhubérance et sa charmante bonhommie, n’a pas été le père aimant qu’il prétend être, mais a été violent avec ses enfants qui, bien qu’adultes, le craignent encore. Que dire des séquences sur la plage où un monstre hideux vient ravir les enfants ? Métaphore de la mort de l’un d’eux ? Ou bien celle d’un père ogre ?
Une vision déformée
Un détail frappe : les lunettes aux verres extrêment épais portées par Matteo pointent sa mauvaise vue, et sont aussi les verres déformants de sa réalité soulignant ainsi sa vision erronée du monde, vision parfois réduite à l’étroitesse du champ observé, son illusion quant à la réussite de ses enfants, sa perception totalement inversée du réel. Matteo ne regarde pas par le bon côté de la lorgnette, il regarde par des petits trous (comme celui de l’affiche publicitaire cachant des travaux devant la cathédrale de Milan, publicité de lingerie, le trou est celui du nombril, la publicité ressemblant fort aux photos cachées à la hâte par sa fille, Tosca, dans l’appartement sensé être le sien: voit-il réellement ce que représente l’affiche?). Il en résulte une forme d’aveuglement permanent et tenace: Matteo ne voit que ce qu’il veut voir.
L’espace d’une journée ou deux, un seul personnage va le ramener dans la réalité qu’il ne veut pas voir. Ce personnage est une femme rencontrée dans le train, âgée comme lui mais ne portant pas de lunettes (le détail n’est pas anodin), vivant dans une maison de retraite et n’ayant quasiment plus de nouvelles de ses enfants, Michèle Morgan devient les yeux de Matteo qui s’est immiscé dans un groupe du 3ème âge en visite à Rimini. Lors de la scène de bal, Matteo danse avec cette élégante inconnue, qui lui avoue avoir en quelque sorte tiré un trait sur ses enfants, comprenant qu’ils ont leur propre vie qu’elle ne cherche pas à gouverner, se résignant, sans qu’elle en semble affectée, à ne plus les voir. Elle est l’autre face du miroir de Matteo, et cette image qu’elle lui tend, si différente de la sienne, le trouble, lui donne le vertige l’empêchant d’aller jusqu’au bout d’une polka.
Autre trouble : l’illusion des lucioles scène tout aussi émouvante qu’avec la dame rencontrée dans le train, mais cette fois avec son petit-fils, c’est-à-dire avec un personnage d’avenir, qui va de l’avant, là encore à l’inverse de Matteo qui s’enferme dans un passé qu’il présente comme idyllique. Les valeurs ne sont plus les mêmes, le monde a changé, même basculé, Matteo a perdu pied se retrouvant dans un monde qui le dépasse.
Une boucle bouclée
La construction circulaire du film de Tornatore, nous ramène au point de départ: un train était parti de Sicile, un autre y revient. Puis, contrairement à l’obscurité du début nous sommes en pleine lumière, sur une colline dominant la mer où Matteo s’adresse encore à sa femme, toujours hors champ, pour la rassurer en lui disant qu’ « ils vont tous bien », la caméra s’éloignant légèrement de la splendide vue sur la baie, laissant place à un cimetière peu commun dont les tombes surplombent la mer. Un moment émouvant, moment de grâce, avec un Matteo qui reste sur ses illusions rassurantes même si au fond de lui-même il est conscient de se mentir et de toujours faire comme si…
Avec Ils vont tous bien!, Guiseppe Tornatore nous plonge dans un cycle de vie, une nostalgie d’un passé perdu à jamais. Matteo Scuro est à la fois attachant, pathétique et drôle mais aussi tragique dans sa solitude. C’est un homme qui a perdu beaucoup de choses, qui en a râté un certain nombre en croyant agir pour le bien des autres, en particulier de ses enfants. Jusqu’au bout, il se montre traditionnaliste comme le montrent ses paroles adressées à son petit-fils. Tornatore signe un film tout à la fois cocasse et émouvant, un film qui s’inscrit dans la lignée des grands films italiens de ses pairs dans les décennies précédentes. Chantal Levy Bencheton (Blog des Cramés de la bobine)
Voir / Écouter
La bande annonce du film.
Une interview de Giuseppe Tornatore par Federica Lamberti Zanardi pour L a Repubblica (en italien)
Ciné-club
Le film est en version originale sous-titrée. Il est présenté dans le cadre de Primissimo Piano, l'activité ciné-club de la Dante Alighieri.
Adhésion ciné-club INTER FILM valable pour la saison 2025-2026 : 1 € . Adhésion offerte aux membres de la Dante Alighieri.
Participation aux frais : 5 €, réduit 2€ (Étudiants, DE, <18 ans).
Merci de participer et à bientôt au cinéma !
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Manifestation organisée grâce au soutien
du Conseil Départemental
de la Haute-Vienne
en partenariat avec l'Espace Noriac
(10, rue Jules Noriac)
