
Le mardi 15 avril
à 20h30
ENNIO
Documentaire - 2h36
Réalisé par Giuseppe Tornatore (2021)
avec Ennio Morricone, Giuseppe Tornatore, Quentin Tarantino, Clint Eastwood, John Williams, Hans Zimmer,
Oliver Stone, Dario Argento, Kar-wai Wong, Barry Levinson, Bernardo Bertolucci, Quincy Jones
Ennio Morricone a composé les musiques de certains chefs-d’œuvre du cinéma. Ici, il dévoile certains contours de son travail, notamment ses inépuisables sources d'inspiration. Immortalisé à l'aide d'un crayon, cet entretien permet d'entrer dans la tête du compositeur, au départ peu porté sur les bandes originales. Aux côtés des Clint Eastwood, Quentin Tarantino, ou Bruce Springsteen, l'artiste de légende a créé des mélodies inoubliables, intemporelles, et entrées à tout jamais dans l'histoire du cinéma.

Giuseppe Tornatore (né à Bagheria, 1956) débute par des documentaires notamment pour la télévision. Après sa première réalisation, Il camorrista (1985, Le maitre de la camorra), il connait un énorme succès avec Nuovo Cinema Paradiso (1988, Cinema Paradiso), Grand prix du jury à Cannes en 1989 et Oscar du meilleur film étranger en 1990. Il alterne les histoires siciliennes et des films qui changent de cadre - Quinze ans après La leggenda del pianista sull’oceano (La Légende du pianiste sur l'océan, 1998), il tourne La migliore offerta (The Best Offer, 2013) de nouveau en anglais avec des comédiens internationaux. En 2021 il nous livre un merveilleux roman cinématographique sur la vie et l'œuvre d'Ennio Morricone avec Ennio.
Voir sa biographie complète sur Wikipédia, l'indispensable encyclopédie libre et non faussée ♥ .
Quelques (bonnes) critiques
" Qu’est-ce que le génie ? Il n’y a sans doute pas de réponse évidente, sinon de réponse tout court, à cette question. Gageons, toutefois, que le long documentaire (plus de 2 h 30) de Giuseppe Tornatore sur Ennio Morricone permettra, non pas de résoudre cette énigme, mais de confronter son spectateur à une dimension quasiment surhumaine de l’activité artistique. Mais ce qui fait la colonne vertébrale du film, c’est un entretien, long et précis, avec Morricone lui-même, qui court durant tout le métrage et qu’appuient les interventions des nombreux artistes appelés à décrire leur collaboration avec lui, à évoquer l’homme et son art." Jean-François Rauger (Le Monde)
" Un concert… de louanges ! Imaginé, porté, réalisé par Giuseppe Tornatore (Cinema Paradiso), Ennio se veut une somme définitive sur la vie et l’œuvre d’Ennio Morricone. Disparu en 2020, l’immense compositeur de musiques de film, l’alter ego musical de Sergio Leone, est au cœur de ce documentaire de plus de deux heures et demie. Illustré par une phénoménale compilation d’archives, le film s’appuie sur une série d’entretiens inédits où, pour la première fois, cet homme très discret évoque sans détour les moments clés de son existence, et détaille surtout la genèse de ses partitions. Il faut absolument l’entendre fredonner ses musiques les plus célèbres ! "
Stéphane Jarno (Télérama)
" C'est sans doute pourquoi, après avoir débuté comme arrangeur auprès de vedettes de la variété transalpine, Morricone signe ses premières musiques de film sous pseudonyme. Il débute sur un film oublié, Mission ultra-secrète, en 1961. Les deux premiers westerns spaghetti qu'il illustre musicalement attirent l'attention d'un metteur en scène prometteur venu du péplum, Sergio Leone. Les deux hommes avaient fréquenté la même école primaire du quartier de Trastevere, mais s'étaient perdus de vue.
Jamais les noms d'un réalisateur et d'un compositeur n'ont été aussi indissociables. Et ce, dès la sortie de Pour une poignée de dollars en 1964. Ce film constitue, a posteriori, une sorte de brouillon pour les suivants. Même s'il disait ne pas en apprécier la musique, Ennio Morricone a pu expérimenter un son totalement nouveau et une manière d'accompagner l'intrigue qui fait de la musique un dialogue supplémentaire. Car, parallèlement à sa carrière de compositeur grand public, il n'a jamais cessé de pratiquer la musique expérimentale.
Dès ses premières bandes originales, d'inhabituels sons (enclume, cloches, sifflements…) s'ajoutent à la mélodie instrumentale. Tous les films d'un genre alors florissant tenteront par la suite de s'inspirer de ce style reconnaissable, mais pas facilement imitable. Comme le souligne un autre compositeur italien réputé, Nicola Piovani : « Ennio Morricone est l'exception à toutes les règles. » Longtemps snobé par l'académie des Oscars, toujours en quête de nouveaux territoires, le maestro œuvre aussi sur des films moins commerciaux, voire d'art et essai, où il peut laisser libre cours à une imagination prolifique et tenter des choses nouvelles. Il signe aussi les partitions de quelques films engagés et sujets à polémiques, comme La Bataille d'Alger et Queimada, de Gillo Pontecorvo, ou encore 1900, de Bernardo Bertolucci. À l'exception notable de Federico Fellini, fidèle au compositeur Nino Rota, et de Luchino Visconti, presque tous les géants du cinéma italiens comme Pier Paolo Pasolini, les frères Taviani, Luigi Comencini ou Marco Bellocchio font appel à lui. Des réalisateurs étrangers de renom, à l'instar de Samuel Fuller, Terrence Malick et Brian de Palma, recourent aussi à ses services." Philippe Chesnaud (Le Point)
" Ennio Morricone est décédé dans la nuit du 6 juillet des suites d'une fracture du fémur ayant entraîné son hospitalisation dans une clinique romaine. Il avait 91 ans. Des médias italiens ont noté qu'il s'est éteint "lors de la journée mondiale du baiser", en référence à l'une de ses plus célèbres compositions, pour le film Cinema paradiso de Giuseppe Tornatore.
Ennio Morricone naît à Rome le 10 novembre 1928. Durant la guerre, il se réfugie dans la musique pour oublier la peur et les privations. Son petit frère meurt de maladie à l’âge de 3 ans. De cette période, il se souvient en 2014 avec douleur qu’il ne savait rien des arrestations et déportations des juifs qui avaient lieu parfois à quelques pâtés de maisons. "Aujourd’hui je pense que ne pas savoir est aussi une forme de responsabilité", confie-t-il à Mario Calabresi dans le journal italien La Repubblica en 2014.
Il étudie au prestigieux Conservatoire de Sainte-Cécile. Trompettiste comme son père, il gagne d’abord sa vie en intégrant différents orchestres, se faisant ainsi un réseau dans le monde du spectacle. Mais sa passion véritable est la composition, qu’il a apprise avec son professeur Goffredo Petrassi, lui-même auteur en 1949 de la bande originale d’un film phare du néoréalisme : Riz amer. À cette époque, il compose essentiellement de la musique de chambre.
Des chansons de plage à Sergio Leone, un compositeur populaire
Il se marie en 1956 avec Maria Travia, une amie de sa sœur qu’il a rencontrée en 1950. Peu avant leur soixante-dixième anniversaire de mariage, il se confie : "En amour comme en art, seule importe la constance." Ils ont quatre enfants, trois garçons et une fille, qu’elle élève pratiquement seule, Ennio Morricone dédiant tout son temps à la musique. Ce "sacrifice", pour reprendre les mots du "Maestro" en 2007, lui vaut de se voir dédier les deux Oscars de son mari. Son seul privilège, faut-il dire, est de pouvoir pénétrer dans son bureau où son mari passe le plus clair de ses journées. Leur second fils, Andrea Morricone, suit la carrière paternelle en composant le thème de Cinema paradiso en 1988.
Sa première bande originale pour un long-métrage est de 1961 : Il Federale (sorti en français sous le titre Mission ultra-secrète) est une comédie de Luciano Salce, où Ennio Morricone insuffle déjà, loin des standards ornementaux et d’un sage héritage classique, une verve satirique qu’il ne cessera d’explorer dans son œuvre ultérieure. Au cours des années 1960 –celles du "miracle économique" et de la "Dolce vita"-, il se fait aussi connaître en composant quelques-unes des chansons d’été les plus emblématiques de la variété italienne : l’une d’elles, Abbronzatissima (1963), illustre l’un des sketchs des Monstres de Dino Risi, une autre Sapore di sale, sapore di mare, donnera son titre à une comédie de 1982, dont la bande originale est presque entièrement composée des tubes italiens de ces années-là.
En 1963-1964, Ennio Morricone s’essaie à la musique de western. Si sa première contribution au genre, Duel au Texas de Riccardo Blasco, est aujourd’hui oubliée, il entame l’année suivante avec Sergio Leone un compagnonnage aussitôt légendaire. Tous deux avaient partagé les bancs de l’école primaire. Si Ennio Morricone s’étonnera sa vie durant qu’on puisse réduire son œuvre à cette collaboration, il se souvint que Sergio Leone avait compris, là où bien d’autres n’avaient pas les idées claires, que "la musique est le seul art qui appliqué au cinéma en sublime les détails." À Pour une poignée de dollars, font suite Le Bon, la Brute et le Truand, Il était une fois dans l’Ouest (1968) et Il était une fois la Révolution (1971). Leur dernière œuvre commune, Il était une fois l’Amérique, en 1983, est aussi l’une des contributions les plus célèbres du flûtiste roumain Gheorghe Zamfir. Composée en amont, la musique a accompagné tout le tournage, aidant actrices et acteurs à trouver les émotions les plus justes.
Un maître du lounge composant pour les plus grands
Dans la seconde moitié des années 1960 et la première moitié des années 1970, la contre-culture explore les chemins sulfureux du psychédélisme. La voix d’Edda dell’Orso, qui travaille aussi avec Piero Piccioni, Bruno Nicolai ou Piero Umiliani, donne aux compositions de cette période une grâce et une sensualité uniques, redécouvertes vers la fin des années 1990, quand plusieurs labels italiens, européens et étatsuniens redécouvrent un genre qui s’associe au regain d’intérêt pour le easy listening, la bossa nova et le retro lounge. De cette époque date la légendaire bande originale de Danger Diabolik (Mario Bava, 1967), un film pop tiré de la bd éponyme, archétype du fumetto italien.
Si les films pour lesquels collabore Ennio Morricone à cette période ne sont pas tous des chefs-d’œuvre du Septième Art, ses contributions au cinéma de genre lui offrent un terrain d’expérimentation inégalé. Il s’associe avec les deux autres plus grands noms du western italien, Sergio Corbucci et Sergio Sollima, avec le maître du film d’horreur Dario Argento (L’Oiseau aux plumes de cristal en 1969, Le Chat à neuf queues et Quatre Mouches de velours gris en 1971), accompagne la révélation de Marco Bellocchio avec son premier film Les Poings dans les poches en 1965.
Cette même année, il compose pour La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, un film qui fera le tour du monde avant d’être découvert en France en 2004. Au fil du temps, il devient le compositeur récurrent ou attitré des plus grands noms du cinéma italien alors à son sommet, de Pier Paolo Pasolini à Luigi Comencini, en passant par Liliana Cavani, Lina Wertmüller, Alberto Lattuada, les frères Taviani et bien d’autres. Pasolini est le seul réalisateur dont il acceptera d’écouter les consignes.
D’Hollywood aux Oscars
Durant les années 1970, il commence ses incursions dans le cinéma français (Henri Verneuil, Francis Girod, Robert Enrico), mais aussi étasunien, avec notamment la bande originale de L’Exorciste II de John Boorman. Sa renommée ne fait que croître dans la décennie suivante, où il crée deux de ses partitions les plus célèbres, avec les majestueuses orchestrations de Mission (1986) de Roland Joffé et les tonalités minimalistes des Incorruptibles (1987) de Brian de Palma.
Durant les années 1990, il poursuit des collaborations désormais bien installées avec Dario Argento (Le Syndrome de Stendhal, 1996) et Giuseppe Tornatore (La légende du pianiste sur l’océan, 1998), œuvrant aussi pour les productions télévisuelles de qualité (Piazza di Spagna de Florestano Vancini), pour le cinéma indépendant (Marco Tullio Giordana), voire de niche (le réalisateur autoproduit Silvano Agosti).
C’est aux British Academy Film Awards et au Festival du film de Taormina (où le syndicat national des journalistes cinématographiques italiens remet les “rubans d’argent”) que ses bandes originales ont été le plus souvent primées. Jusque-là jamais récompensé par la prestigieuse académie californienne, il reçoit en 2007 un Oscar d’honneur "en reconnaissance de ses contributions magnifiques et multiples à l'art de la musique de film". Il ne reçoit l’Oscar de la meilleure musique de film qu’en 2016, pour Les huit Salopards, malgré des relations pour le moins houleuses avec le réalisateur Quentin Tarantino. Ce dernier, friand de citations cinématographiques et musicales, lui a pourtant rendu de multiples hommages, de Kill Bill (2003) à Django Unchained (2012).
Musique de cinéma et musique absolue
Parallèlement à cette prodigieuse carrière cinématographique, Ennio Morricone aura composé, depuis 1946, plus d’une centaine d’œuvres de ce qu’il nommait "la musique absolue". En commençant en 2001 une intense activité de chef d’orchestre, il a grandement contribué à faire connaître cette part méconnue de sa création. Depuis plusieurs années, un de ses réalisateurs les plus fidèles, Giuseppe Tornatore, prépare un documentaire sur lui.
Avec 27 Disques d’or et 7 Disques de platine, la musique d’Ennio Morricone a atteint une renommée qui a bien peu d’égal dans le cercle très fermé des grands compositeurs de musique de film. Ses mélodies sensuelles, voire teintées d’érotisme, sont très éloignées de sa vie quotidienne, régulière et matinale, où mondanités et excès n’auront eu aucune place.
Sans complaisance, Ennio Morricone disait à Mario Calabresi en 2014 : "En général, je dirais que la musique fait partie de la vie. En particulier, je dirais qu’elle n’a rien à voir avec la vie privée. Avec les joies et les douleurs personnelles. Penser qu’un compositeur traduise en musique sa souffrance me fait rire. C’est un point de vue détestable, velléitaire et rhétorique. La musique inspirée par le rêve n’existe pas."
Croyant en Dieu, il demeurait perplexe sur l’au-delà. "Si à l’origine nous n’étions que des sons, j’aime à penser que nous redeviendrons des sons." Olivier Favier (RFI Musique)
Voir / Écouter
- La bande annonce du film
- Une analyse approfondie du film sur le blog d'Alexis SAVELIEF, “Dans l’Atelier du Compositeur”
- Une interview d'Ennio Morricone, chez lui, à Rome, en 2018, par Dominique Dunglas du Point.
Ciné-club
Le film est en version originale sous-titrée. Il est présenté dans le cadre de Primissimo Piano, l'activité ciné-club de la Dante Alighieri,
Adhésion ciné-club INTER FILM valable pour la saison 2024-2025 : 1 € ; Adhésion offerte aux membres de la Dante Alighieri.
Merci de participer et à bientôt au cinéma !
Manifestation organisée grâce au soutien
du Conseil Départemental
de la Haute-Vienne
en partenariat avec l'Espace Noriac
(10, rue Jules Noriac)
