
Divorce à l'italienne
Divorzio all'italiana
Un film de Pietro Germi (1961, 1h24).
Avec Marcello Mastroianni, Daniela Rocca, Stefania Sandrelli...
Matteo Scuro (Marcello Mastroianni) a 74 ans. Il est retraité et a travaillé toute sa vie à l’état civil de sa ville près de Trapani en Sicile. Il est veuf mais il s’adresse encore souvent à sa femme Angela. Il lui parle de leurs cinq enfants à qui il a donné des prénoms de personnages d’opéra car il est passionné de musique lyrique : Norma, Tosca, Guglielmo, Alvaro, Canio. Il est fier de leur réussite mais il regrette de ne pas les voir plus souvent car la vie les a dispersés à Naples, Rome, Florence, Milan, Turin, et ils donnent rarement signe de vie. Une nouvelle fois il les a invités pour se retrouver tous ensemble autour de la table comme lorsqu’ils étaient petits. Mais une nouvelle fois personne n’est venu ; ils sont bien trop occupés. Alors, un beau matin, Matteo décide de prendre le train pour leur rendre visite, à chacun, tour à tour, sans les prévenir car il veut leur réserver la surprise…

Pietro Germi (Gênes, 1914 - Rome, 1974), après avoir été élève du Centro Sperimentale di Cinematografia, débute comme assistant d'Alessandro Blasetti. Ses premiers films, sensibles au problèmes sociaux, s'inscrivent dans le courant réaliste de l'après-guerre : Il nome della lega (1949, Au nom de la loi), Il cammino della speranza (1950, Le chemin de l’espérance), Il brigante di Tacca del Lupo (1951, La tanière des brigands). Il sera également interprète de certains de ses films : Il ferroviere (1956, Le disque rouge), L'uomo di paglia (1958, L'homme de paille), Un maledetto imbroglio (1959, Meurtre à l'italienne). Dans les années 1960, il se tourne résolument vers la comédie, celle de la veine la plus acide et la plus féroce, et marque le genre de façon significative : Divorzio all'italiana (1961, Divorce à l'italienne), Oscar du meilleur scénario original en 1963, Sedotta e abbandonata (1964, Séduite et abandonnée), Signore e signori (1966, Ces messieurs dames), Grand Prix International du Festival de Cannes ex-aequo avec Un homme et une femme de Claude Lelouch, L'immorale (1967, Beaucoup trop pour un seul homme). Après Alfredo, Alfredo (1972), il prépare Amici miei (Mes chers amis) que la maladie lui empêchera de diriger et dont il confiera la réalisation à Mario Monicelli. (selon Le Festival de VIllerupt)
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Quelques (bonnes) critiques
(Les liens entre parenthèses permettent de lire les critiques complètes)
" Typique de la comédie italienne de la grande époque, ce long métrage est un petit bijou d’humour et de cynisme. Le cinéaste Pietro Germi, qui livre ici l’un de ses meilleurs films, trouve en Marcello Mastroianni l’interprète idéal pour camper cet inénarrable noblion fin de race. Celui-ci, qui vit d’expédients, est obligé de partager sa demeure avec ses parents tandis que son oncle, pique-assiette en famille, n’a jamais songé à travailler. Il passe tout son temps, soit alangui sur son fauteuil, soit se pavanant en ville avec son fume-cigarette. La moustache tombante, les yeux toujours mi-clos et affublé d’un tic du coin de la bouche, il n’a d’yeux que pour Angela, sainte-nitouche qui risque bien de lui en faire voir de toutes les couleurs. Le baron va tout de même tenter de mettre en place un plan foireux qu’il pense imparable pour se débarrasser de son encombrante épouse. Le long métrage, outre de pointer l’archaïsme et l’hypocrisie de la société italienne des années 1960, est aussi la description savoureuse et terrible de personnages aussi stupides qu’imbus d’eux-mêmes. Une vrai réussite, aussi immorale que drôle, d’un des sommets de la comédie italienne, avec un Mastroianni à son meilleur. " Fabrice Prieur (A Voir - A Lire)
“ C’est le grand oublié du cinéma italien. Il a pourtant marqué son époque avec une œuvre multiple et hétéroclite, entre cinéma néoréaliste, film policier et comédie satirique, faisant de lui un cinéaste inclassable. Né en 1914, Pietro Germi fut scénariste, producteur, réalisateur, acteur et le père d’une des plus grandes comédies italiennes, Divorce à l’italienne (qui, contrairement à ce que l’on croit souvent, est sorti avant Mariage à l’italienne (1964), de Vittorio de Sica). Influencé, comme nombre de cinéastes italiens de son époque, par la vague néoréaliste, Pietro Germi y restera fidèle, animé pour une fascination pour les gens et le peuple. Dans Divorce à l’italienne, Marcello Mastroianni incarne le comte Cefalù qui, amoureux de sa jeune et séduisante cousine Angela et lassé de sa femme Rosalia, cherche tous les moyens pour éliminer cette dernière.
Divorce à l’italienne est le premier film à être considéré comme une « comédie à l’italienne », même s’il ne l’était pas chronologiquement – Le Pigeon, par exemple, date de 1958. C’est un genre qui va connaître son apogée dans l’Italie des années 60 et 70 avec des cinéastes tels que Vittorio De Sica, Pietro Germi, Dino Risi, Mario Monicelli ou encore Ettore Scola. Époque bénie lorsque le cinéma italien jouissait encore d’un financement public conséquent. Pour De Sica, l’intention était simple : « on avait envie de faire sourire les gens ». On retrouve dans Divorce à l’italienne la société italienne dans ses marqueurs les plus prégnants et reconnaissables : l’église et la messe dominicale, la famille et le mariage, le village et ses rumeurs, la vieille aristocratie dominante. Mais l’immense trouvaille comique du film vient indéniablement de la voix off de Cefalù. Le spectateur la découvre dès le début du film, alors qu’il retourne en train vers les « sérénades du Sud » et sa bien-aimée. Il commente en voix off son aventure pour nous raconter en temps réel ce qu’il pense et comment il imagine arriver à ses fins. Le génie de Germi est d’utiliser cette technique pour accentuer le grotesque de certaines scènes, comme celle où Rosalia interrompt littéralement le monologue intérieur de son époux – faisant de la voix off un personnage à part entière.
L’autre trouvaille astucieuse du film, c’est la métamorphose de Marcello Mastroianni. Alors que l’image de « latin lover » lui colle à la peau depuis La Dolce vita (1960), l’acteur n’aura de cesse de choisir des rôles afin de casser ce cliché, « un rôle qui ne me correspond pas », dira-t-il. Ce seront des films comme Le Bel Antonio (1960), Une journée particulière (1977), et Divorce à l’italienne donc, où il incarne un comte cocu, précieux et tiqué (tic que Mastroianni vole à Germi), qui reçoit des lettres d’insultes avec délectation. Le fait d’être trompé et cocu est considéré en Italie comme un des pires méfaits : c’est une humiliation touchant la personne trompée mais aussi sa famille, ses ancêtres et sa descendance ; offense qui ne peut rester impunie. Non seulement Mastroianni est cocu mais en plus il s’en moque, se laisse insulter, cracher dessus et moquer par l’ensemble du village. Ce rôle à contre-emploi ouvre l’éventail de jeu de l’acteur, qui prouve qu’il n’est pas (ou ne souhaite pas être) le don juan transalpin.
Divorce à l’italienne n’est pas une simple comédie mais une critique acerbe de la société italienne et des absurdités de la loi. En 1961, le divorce est interdit en Italie. C’est alors qu’advient la notion de crime d’honneur. Comme il est précisé dans le film, le code pénal prévoit une peine de 3 à 7 ans si le coupable a tué pour venger son honneur – honneur qui est un des piliers moraux et traditionnels majeurs de la société italienne. L’absurdité de ce point de droit n’échappe pas à Germi (coscénariste du film), qui décide d’en faire le but ultime du héros : se faire humilier juste pour pouvoir se venger. Le prix de sa liberté ? L’humiliation et le meurtre – quelle morale. Et Pietro Germi pousse même l’ironie un peu plus loin. Dans son film, il oblige son personnage, joué par Mastroianni donc, à quitter la projection de… La Dolce Vita. Au-delà du clin d’œil, le réalisateur pointe du doigt l’hypocrisie d’un pays qui d’un côté crie au scandale mais qui, de l’autre, court admirer les courbes d’Anita Ekberg. A part ses lois désormais désuètes, ce bijou de comédie n’a pas pris une ride." Esther Brejon (Revus & corrigés)
" Retour en fanfare et en version restaurée d’un film phare de la comédie italienne. Quand celle-ci se moquait des tartufferies de sa société, avec brio et Marcello…
C’était au temps où, en Italie, le divorce était rigoureusement interdit, mais le crime passionnel passablement toléré ! Si un mari trompé lavait son honneur dans le sang, l’article 587 du code pénal transalpin lui concédait cette réparation bien méritée en échange de la bagatelle de trois à sept ans de prison souvent compressibles.
Parti pour faire de ce sujet un drame, Pietro Germi, sur les conseils de Mario Monicelli, en tire une comédie. Grinçante, mordante, réjouissante. Le scénario est signé Ennio de Concini et Alfredo Giannetti, il met en pièces tous les travers contradictoires de la société du début des années 1960 : matriarcat, machisme, pudibonderie affichée, obsession du sexe… Tout cela alors que la modernité pointe son nez avec le boum économique… Situé en Sicile, lieu clos propice à tous les archaïsmes et à l’exaspération des clichés, son village, Agramonte, comme un théâtre, nous est présenté en voix off : « 18 000 habitants, 4300 illettrés, 1700 chômeurs habituels et saisonniers, 24 églises… ». Tourné dans un noir et blanc somptueux, Divorce à l’Italienne est un de ces joyaux qui ont fait la splendeur du cinéma italien d’après-guerre. Il n’a rien perdu de sa férocité, ni de sa drôlerie.
Moustache frémissante et chevelure gominée, fume-cigarette au bord des lèvres, le baron Ferdinando Cefalu a fière allure. Mais surnommé Féfé par toute la sainte famille (désargentée) qui vit sous le même toit, père, mère, sœur, oncle et tutti quanti, il perd immédiatement de sa splendeur. Marié à Rosalie, femme portant moustache elle aussi, et qu’il ne supporte plus, il est surtout très attiré par la fraîcheur pulpeuse de sa jeune cousine de dix-sept ans, Angela. Dans un premier temps, il visualise (et le film avec lui) tous les moyens d’éliminer la fâcheuse épouse, de la chute providentielle dans une cuve à savon au hachage menu. Puis, afin de n’être pas (ou peu) puni pour ce meurtre gratuit, il ourdit un diabolique stratagème afin de trouver un amant à Rosalie.
Portée par une écriture ciselée, mélangeant l’humour noir et le pathétique, constamment à la limite du grotesque, la mise en scène est d’une précision de métronome. Elle parvient avec des jeux d’ombres et de lumière sur la place du village, des rétrécissements du cadre dans les intérieurs, à donner la sensation palpable de ce monde rabougri d’hypocrisie derrière sa bienséance de façade et ses persiennes permettant de voir sans être vu. Toujours sur le fil du rasoir, Divorce à l’italienne parvient miraculeusement à maintenir une forme d’humanité à ses personnages, aidé en cela par la présence magique des acteurs. Marcello Mastroianni, à peine sorti de La dolce vita, bénéficiant d’une aura d’élégant séducteur, fait de Féfé un pantin amoureux d’une jeunesse et piégé par la morale ambiante. Aussi révoltant que charmant, il est un oxymore vivant pour lequel le spectateur ressent une empathie troublante, jusque dans ses plans les plus abjects. Quant à l’épouse, pourtant très chargée, car, en plus de sa disgracieuse pilosité, elle dispose d’une bonne dose de bêtise, elle est sauvée par Daniela Rocca, actrice par ailleurs ravissante, dont l’interprétation ambivalente force le respect. Car, jusqu’à ce que celui-ci la décourage par son indifférence et sa désertion du lit conjugal, Rosalie est aussi authentiquement amoureuse de son époux… Enfin, il y a Stefania Sandrelli, dans son premier grand rôle (après une apparition dans Gioventù di notte en 1961), celui d’Angela, la bien nommée. Même si, comme tout le monde dans ce film, elle se révèlera double. Sandrelli a l’âge du rôle, sa beauté sidérante, et elle a, déjà, ce sens du rythme et de la rupture qui feront d’elle une grande actrice.
Si Divorce à l’italienne parle d’un temps révolu (auquel il a lui-même aidé à mettre un terme en faisant débat sur la légalité du divorce en Italie), les tartufferies qu’il met en scène sont aussi modernes qu’universelles. Et c’est un film qui joue sans cesse sur le regard, le vrai, le faux, ce qu’on voit, ce qu’on veut voir. En bref, il respire le cinéma. Au point de faire référence à La dolce vita de Federico Fellini, film scandale que tout le village et la famille de Féfé s’apprêtent à aller voir au cinéma municipal, tandis que celui-ci s’échappe pour aller prendre son épouse en flagrant délit. Mastroianni se dédouble dans nos têtes (puisqu’il n’est visible ni sur l’affiche ni à l’écran dans l’extrait montré), et le jeu de miroirs devient vertigineux." Isabelle Danel (Bande à Part)
« Sous le rire déchaîné par les situations burlesques inventées par Pietro Germi et ses scénaristes, on perçoit un drame profond et la volonté de changer une loi absurde qui ramène tout un peuple aux rites d’un Moyen Age dépassé. Si l’on connaît les ennuis publics et les tracasseries administratives qu’ont subi Sophia Loren ou Roberto Rosselini, on sait peu de choses des tragédies qui ont lieu dans les quartiers populaires où l’on n’a pas les moyens financiers d’affronter l’hypocrisie des lois. D’où le succès énorme de ce film dans son pays d’origine. Pietro Germi se montre maître dans la façon d’exposer une situation et de diriger des acteurs, tout comme la caméra de Léonida Barboni explore avec bonheur toutes les ressources du paysage sicilien et les décors baroques d’une propriété de famille. » Samuel Lachize, L’Humanité, 6 juin 1962
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La bande annonce du film.
Une interview de Pietro Germi sur le succès de Marcello Martroianni (en italien)
Pietro Germi - Un idealista senza illusioni. Documentaire de Sebastiano Montresor (en italien)
Ciné-club
Le film est en version originale sous-titrée. Il est présenté dans le cadre de Primissimo Piano, l'activité ciné-club de la Dante Alighieri.
Adhésion ciné-club INTER FILM valable pour la saison 2025-2026 : 1 € . Adhésion offerte aux membres de la Dante Alighieri.
Participation aux frais : 5 €, réduit 2€ (Étudiants, DE, <18 ans).
Merci de participer et à bientôt au cinéma !
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Manifestation organisée grâce au soutien
du Conseil Départemental
de la Haute-Vienne
en partenariat avec l'Espace Noriac
(10, rue Jules Noriac)
